Bigorexie et addiction : comprendre les racines familiales avec la psychogénéalogie

Bigorexie et addiction : une lecture psychogénéalogique

Avant-propos
Dans nos sociétés contemporaines, l’addiction ne se limite pas aux substances comme l’alcool, le tabac ou les drogues. Elle peut se manifester sous des formes comportementales, parfois insidieuses, comme : 
  • le sport compulsif,  
  • le travail excessif,  
  • ou encore l’obsession pour le corps et la performance physique.  
Parmi ces formes, la bigorexie, parfois appelée addiction au sport, émerge comme une problématique spécifique touchant principalement les hommes, mais pas exclusivement. 
 
La bigorexie n’est pas seulement une question d’apparence. En effet, elle traduit souvent une quête de contrôle, de reconnaissance sociale ou un mécanisme de compensation face à des fragilités émotionnelles profondes. Dans cet article, nous explorerons d’abord la notion d’addiction, puis nous définirons plus précisément la bigorexie. Nous verrons ensuite ce que la psychogénéalogie peut apporter pour comprendre les racines de ces comportements et comment elle s’articule avec d’autres approches thérapeutiques. L’objectif est de proposer une lecture la plus complète possible (dans le cadre d'un article en ligne), nuancée et utile à toute personne souhaitant comprendre ou accompagner ces problématiques.

Définition de l’addiction

C'est quoi l’addiction ?
L’addiction peut être définie comme une dépendance durable et répétée à une substance, un comportement ou un mode de pensée, entraînant des conséquences négatives sur la vie personnelle, sociale ou professionnelle. Elle se caractérise par un besoin compulsif, un sentiment de perte de contrôle et, dans certains cas, un syndrome de sevrage lorsque l’objet de la dépendance est absent. 
 
Les addictions peuvent se manifester de manière plutôt physique, comme dans le cas des drogues ou de l’alcool, ou psychologique, comme pour le jeu, le travail ou le sport. Dans tous les cas, il s’agit de comportements qui deviennent difficiles à réguler, souvent liés à des mécanismes de fuite, de compensation ou de répétition. 
 
L’addiction ne se comprend pas seulement dans l’instant présent, car elle s’inscrit souvent dans une histoire personnelle, où des traumatismes, des carences affectives ou des injonctions familiales non conscientes peuvent jouer un rôle déterminant. C’est à ce niveau que la psychogénéalogie intervient, en explorant les répétitions transgénérationnelles et les schémas familiaux inconscients.


Définition de la bigorexie

C’est quoi la bigorexie ?
La bigorexie est une forme spécifique d’addiction corporelle. Elle se caractérise par une obsession pour le développement musculaire, une insatisfaction permanente vis-à-vis de son apparence et une peur intense de paraître « faible » ou « insuffisamment musclé ». 
 
Contrairement à la pratique sportive saine, la bigorexie implique une compulsion à s’entraîner, souvent plusieurs heures par jour, et une attention excessive à la nutrition, aux compléments alimentaires ou même aux substances dopantes. Les personnes touchées peuvent négliger leur santé, leurs relations sociales et leur vie professionnelle au profit de cette quête de perfection musculaire. 
 
Sur le plan psychologique, la bigorexie peut s’accompagner de stress, d’anxiété et d’isolement. Elle traduit souvent un besoin de contrôle sur son corps qui compense des fragilités émotionnelles ou des blessures psychiques plus anciennes. L’étude de ces racines conduit naturellement à la psychogénéalogie.



Que propose la psychogénéalogie ?

Deux exemples concrets
La psychogénéalogie est une approche thérapeutique qui explore les transmissions familiales inconscientes, les secrets, les loyautés invisibles et les répétitions transgénérationnelles. Selon cette perspective, beaucoup de comportements, y compris les addictions, ne trouvent pas leur origine uniquement dans l’individu, mais s’inscrivent dans un arbre familial et une histoire transgénérationnelle. 
 
Dans le cadre de la bigorexie, la psychogénéalogie permet de questionner : 
  • les injonctions implicites ou explicites reçues dans l’enfance (« sois fort », « ne montre pas tes faiblesses », etc.) ; 
  • les traumatismes familiaux non résolus, comme des expériences de rejet, de violences ou de manque d’affection ; 
  • ou encore les schémas répétitifs, où l’obsession pour le corps ou pour le contrôle traduit la reproduction inconsciente de modèles familiaux. 
 
Par exemple, un jeune homme obsédé par sa musculature pourrait, sans le savoir, reproduire un modèle familial où la force et l’apparence étaient valorisées, tandis que l’expression des émotions ou la vulnérabilité étaient réprimées. En explorant ces liens, la psychogénéalogie aide à décrypter les motivations profondes, à identifier les schémas répétitifs et à envisager des changements durables. 
 
Un autre exemple, apporté par Maria-Dolorès Sanchez, psychopraticienne spécialisée en psychogénéalogie est le suivant : « De manière générale, car les cas spécifiques existent aussi, un suivi psychogénéalogique pour se défaire d'une addiction (quelle qu'elle soit) révèle l'abandon ou la vente d'un enfant dans des générations anciennes. C'est ici que nous trouvons aujourd'hui des noms de famille qui sont des prénoms (exemple : Claude François, son nom de famille François est un prénom pour tout le monde ; il avait été rejeté par son père quand Claude voulait devenir artiste et non architecte comme son père. Cette mise à la porte vécue comme un abandon par Claude l'a stigmatisé toute sa vie, au point de vivre des addictions connues de son public : dont le perfectionnisme dans son métier jusqu'à « user » son entourage et les Claudettes) ».


Facteurs psychologiques et sociaux complémentaires

Les influences
Outre les transmissions familiales, la bigorexie est influencée par des facteurs psychologiques et sociaux. Les réseaux sociaux, la culture du corps parfait, les publicités et les standards de performance exacerbent l’obsession pour l’apparence. 
 
La pression sociale peut renforcer le sentiment d’insuffisance, générer de l’anxiété et accroître le besoin de contrôle par le corps. L’estime de soi, souvent fragile chez les personnes atteintes de bigorexie, se nourrit de validation externe, et le corps devient un terrain où se jouent reconnaissance et acceptation. 
 
L’interaction de ces facteurs avec les héritages familiaux explique la complexité de la problématique : elle n’est ni seulement psychologique, ni uniquement sociale, mais le résultat d’une combinaison de facteurs transgénérationnels, individuels et sociétaux.


Autre approches thérapeutiques

D'autres approches complémentaires
La psychogénéalogie offre un angle d’observation unique, mais elle ne remplace pas les traitements classiques. Elle peut être combinée à plusieurs approches pour un accompagnement complet : 
  • Psychothérapie individuelle ou en groupe : pour travailler sur l’estime de soi, la gestion des émotions et les comportements compulsifs. 
  • Approches psycho-corporelles : relaxation, méditation, yoga ou travail sur l’image corporelle pour reconnecter le corps et l’esprit. 
  • Suivi médical : en cas de dopage, carences nutritionnelles ou blessures liées à l’entraînement intensif. 
 
Cette combinaison permet de traiter à la fois les symptômes et les causes profondes, en intégrant les dimensions biologiques, psychologiques et transgénérationnelles.


Point de vue critique

avec deux exemples
Il est important de rester critique face à la psychogénéalogie, puisque cette approche ne constitue pas une solution unique ni un substitut aux interventions médicales ou psychologiques classiques.

Certes, elle est particulièrement utile pour comprendre les racines familiales des comportements et identifier les répétitions inconscientes, mais son efficacité dépend souvent de la qualité de l’accompagnement et de l’ouverture du patient ou de la patiente à explorer son histoire familiale. 

Ainsi, nous pensons que la lecture intégrative, combinant psychogénéalogie, psychothérapie et approche corporelle, reste généralement la plus pertinente pour comprendre et traiter la bigorexie et d’autres addictions comportementales.


Exemple

Illustration
Pour illustrer ce point de vue, Maria-Dolorès Sanchez partage avec nous ce nouvel exemple : 

« Pour exemple, cette patiente Assistante de Direction, très belle femme de 40 ans dont le visage boursouflé révélait une addiction à l'alcool. Elle confirme au Psychogénéalogiste qu'elle boit tous les vins et alcools forts depuis une vingtaine d'années... Elle a un fils qui, apparemment, va bien, un peu addict au sport mais « c'est plus sain que l'alcool ! » dit-elle. Un matin, elle s'est réveillée nue par terre dans la douche qui coulait sur elle. Depuis quand ? elle n'avait aucun souvenir... Par-contre, en sortant de la douche elle a suivi les traces de vomi au sol dans tout l'appartement et les bouteilles vides qui indiquaient le chemin... Cette image a été le déclic pour vouloir arrêter sa déchéance. Le suivi psychogénéalogique a révélé un enfant vendu à sa famille ancestrale qui l'a élevé sans amour (il était l'héritier que le couple stérile ne pouvait avoir), et l'autre branche familiale avait révélé la mort d'un couple dans un accident de carriole que leurs enfants ont ressenti comme un abandon.

Ainsi, voici un arbre familial qui répétait depuis des générations l'abandon, la mésestime de soi, la non reconnaissance et le sentiment de ne pas être à sa place. Au moment du bilan, cette femme avait exprimé son bonheur de ne plus boire une goutte d'alcool (sans manque) et un autre bonheur totalement inattendu : son fils lui avait révélé spontanément qu'il se droguait avec des dopants pour être performant dans son sport depuis des années et qu'il n'arrivait pas à arrêter. Aussitôt, la mère lui a proposé de suivre ensemble une psychothérapie adaptée à leurs addictions puis de réaliser un objectif commun : partir en Ardèche pour créer un centre de bien-être et de formations autour de la santé naturelle et de la prévention. Car les vendeurs de produits dopants l'obligeaient à en prendre, donc un voyage définitif pour aboutir à vivre dans un cadre naturel et respectueux de leur santé, sans « tentations », leur a été bénéfique définitivement. 

 Cette mère et son fils ont été délivrés des messages familiaux et ont complété par d'autres thérapies psychocorporelles pour couper définitivement leurs liens nuisibles avec leur santé. Aujourd'hui, leur affaire en Ardèche est florissante et ils aiment leur vie ! »


Conclusion

Pour résumer
La bigorexie, comme toute les addictions, ne peut être comprise uniquement à travers le prisme du comportement observable. Si la psychogénéalogie offre bien un éclairage précieux sur les racines familiales et transgénérationnelles de cette obsession du corps, en combinant cette approche avec des méthodes thérapeutiques traditionnelles et corporelles, il est possible de comprendre en profondeur les motivations inconscientes, de libérer les schémas répétitifs et d’accompagner un changement durable. 
 
Explorer les héritages familiaux, reconnaître l’influence des pressions sociales et développer une relation saine au corps permet non seulement de traiter la bigorexie, mais aussi de prévenir d’autres formes d’addiction et de favoriser un équilibre psychologique et physique durable. 
 
Article de Laurent Bertrel, praticien en psychogénéalogie, 2026


La dimension transgénérationnelle de l'addiction

Peut-on prévenir la bigorexie dans la famille ?

Un acte symbolique réalisé dans le cadre d'une séance de psychogénéalogie peut effectivement agir sur toute la lignée familiale.

Il est également possible d'agir par une prévention passant par la communication, la reconnaissance des émotions et des besoins, ainsi que par la transmission de modèles de corps et de performance sains.
La bigorexie concerne-t-elle uniquement les hommes ?

La bigorexie touche-t-elle uniquement les hommes ?

Non !

Bien que majoritairement masculine, elle peut toucher toute personne obsédée par l’apparence corporelle et la performance.
Addiction au sport ou engagement sportif ?

Comment savoir si c’est une addiction ou simplement un engagement sportif ?

La clé est l’impact sur la vie quotidienne : si l’entraînement devient compulsif, interfère avec le travail, les relations et la santé, il s’agit probablement d’une addiction.

Dans ce cas, il est important de consulter un spécialiste en la matière avant de se lancer dans une recherche de solution.

Cette FAQ a été réalisée suite aux questions des lectrices & des lecteurs : merci à elles & à eux pour leur participation !
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